Mode

Création de la marque Bullrot : l’histoire et l’identité du fondateur

La création d’une marque indépendante dans le secteur du streetwear français ne répond à aucun manuel établi. Les trajectoires des fondateurs se construisent à rebours des modèles classiques de l’industrie, souvent en réaction à des attentes ou des normes déjà dépassées.

Bullrot illustre ce basculement, porté par un fondateur dont l’histoire personnelle s’inscrit à contre-courant des logiques dominantes. Le développement de la marque s’appuie sur des choix identitaires affirmés et une capacité à saisir les codes d’un milieu en pleine mutation.

Le streetwear en France : comment une culture urbaine a façonné des marques emblématiques

Le streetwear n’a pas simplement surgi en France : il s’est imposé avec la détermination de ceux qui n’avaient rien à perdre. Né dans l’ombre des terrains de sport et forgé par l’énergie brute des quartiers, le mouvement s’est ancré à Paris comme à Toulouse dès les années 90. La scène Hip-Hop, portée par des graffeurs, des DJ, des danseurs, a imposé son style bien à elle, loin du diktat des podiums traditionnels.

Parmi les marques qui ont émergé de cette effervescence, Bullrot occupe une place à part. Créée à Toulouse en 1995 par Julien Bendrihen (alias Soone) et Moktar Gacem, la marque revendique haut et fort son ADN urbanwear. Elle naît de la rue, du graffiti, de la musique, et s’affirme dans la tension permanente entre utilité et liberté de ton. Ici, pas de compromis avec la mode aseptisée ; chaque pièce trahit l’esprit de ses créateurs.

L’adhésion n’a pas tardé. Graffeurs, DJ, artistes urbains s’approprient très vite le logo Bullrot. En 1997, Don Choa de la Fonky Family fait de la marque sa seconde peau. Rapidement, les rappeurs de la Fonky Family, de KDD, et d’autres figures du Hip-Hop français s’habillent en Bullrot. Ce lien, forgé sur scène comme dans la rue, ancre la marque dans la réalité de la mode décontractée portée par les jeunes de l’époque.

La France trouve alors dans Bullrot une nouvelle voix pour le streetwear, bien loin de l’imitation des géants américains. Loin de copier Nike, la marque impose ses propres codes, nourris de créativité et d’un véritable ancrage urbain. Elle observe, capte les signaux faibles, transforme la cacophonie de la rue en une identité vestimentaire unique.

Bullrot, reflet d’une génération : l’histoire singulière d’un fondateur passionné

Julien Bendrihen, plus connu sous le nom de Soone, n’a jamais suivi la voie toute tracée de l’entrepreneuriat classique. Graffeur avant tout, il grandit entre Saint-Denis et Toulouse, entre béton et cultures croisées. Ce jeune créateur autodidacte incarne une génération street qui refuse les carcans et cherche d’autres manières de s’exprimer. En 1995, épaulé par le DJ Moktar Gacem, il lance Bullrot à Toulouse, loin de l’agitation parisienne mais au cœur d’une scène dynamique, animée par l’envie de bousculer l’ordre établi.

Au lancement, Bullrot s’appuie sur des liens solides : amitié, respect, solidarité. Don Choa, membre influent de la Fonky Family, porte la marque dès 1997. Ce soutien de la première heure donne une légitimité immédiate à une griffe pensée par et pour ceux qui vivent la rue, le rap, le graffiti au quotidien. Autour de Soone gravitent des personnalités comme Dadoo (KDD), Joël Baranes ou Michel Royer, tandis que Jacques Moreau apporte son expertise technique pour consolider le projet.

Bullrot ne se limite pas à produire des vêtements. La marque devient un manifeste collectif, où l’art, la musique et la mode se rencontrent et s’alimentent. L’histoire du fondateur se confond alors avec celle d’une jeunesse métissée, vibrante, avide de nouveaux horizons. Entre Toulouse, Saint-Denis, Aulnay ou les terrains vagues, la marque s’imprègne des réalités sociales, des aspirations, des colères et de la créativité explosant dans chaque coin de rue.

Femme écrivant dans un café en ville avec ambiance urbaine

Entre héritage et renouveau, comment Bullrot s’impose dans le paysage du streetwear français

Bullrot, née à Toulouse en 1995, a su s’imposer parmi les pionniers de l’urbanwear français grâce à une identité forte, façonnée par la créativité urbaine et le souci de la fonctionnalité. Derrière chaque vêtement, l’ambition est claire : faire résonner les codes de la rue à travers sweats, casquettes, jeans ou cartables. Ici, on ne joue pas la carte de la nostalgie ou du folklore ; la marque s’attache à observer la réalité, à anticiper les besoins concrets d’une jeunesse toujours en mouvement.

À la fin des années 90, Bullrot prend le virage de l’industrialisation. La production, initialement locale, s’installe en Asie, et notamment en Chine, pour suivre la demande et relever les défis techniques. Ce choix s’impose face à la concurrence mondiale et à la nécessité de maîtriser les coûts, tout en maintenant un niveau élevé de qualité. La marque élargit alors sa présence. Voici comment s’organise ce développement :

  • jusqu’à 9 boutiques en propre,
  • 180 distributeurs répartis sur tout le territoire,
  • 150 distributeurs à l’international,
  • des collaborations marquantes avec Les Trois Suisses.

Cette expansion s’accompagne d’une diversification des produits, le catalogue atteignant jusqu’à 70 références. À son zénith, Bullrot compte 21 salariés et enregistre un chiffre d’affaires de 15,3 millions d’euros. Son siège créatif s’établit à L’Union, près de Toulouse, tandis que la communication se partage entre la région et Paris. Quand le marché se crispe en 2008, la marque ne baisse pas la garde : elle mise sur la vente en ligne et prouve ainsi son agilité, cette capacité à se réinventer qui distingue les véritables acteurs du streetwear français.

Sur les murs ou sur les vêtements, Bullrot n’a jamais cessé de faire entendre sa différence. Si l’énergie de la rue a porté le projet, c’est la ténacité de ses fondateurs et leur flair pour capter l’air du temps qui ont permis à la marque de traverser les années sans perdre de sa vigueur. Qui sait où la prochaine génération de créateurs puisera, demain, cette audace qui continue de faire battre le cœur du streetwear hexagonal ?