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Spectrasexuel : définition et implications

Les étiquettes se multiplient, les définitions se télescopent : dans ce brouhaha lexical, spectrasexuel s’impose comme un terme atypique, discret mais grandissant, loin des projecteurs. Entre débats, incompréhensions et revendications, il force à repenser les frontières de l’orientation sexuelle, là où la binarité peine à tout expliquer.

Comprendre le spectrasexuel : une orientation au cœur de la diversité sexuelle

Le mot spectrasexuel vient bousculer les cadres habituels de l’orientation sexuelle et de l’identité. Il décrit une personne dont l’attirance s’inscrit sur un spectre étendu, sans se limiter à une catégorie de genre précise. Cette approche, qui rejoint parfois celle du spectre asexuel, met à mal les anciennes classifications et invite à explorer des nuances souvent invisibles.

Pour mieux saisir la richesse de ce spectre, il suffit de regarder la diversité des expériences qui le composent :

  • La demisexualité : ici, l’attirance sexuelle ne pointe le bout de son nez que lorsqu’un lien émotionnel solide existe.
  • La graysexualité : elle se caractérise par une attirance rare, parfois conditionnelle, parfois absente pendant de longues périodes.
  • L’akoisexuel : l’attirance se manifeste, mais s’évanouit dès qu’elle devient réciproque.
  • L’aceflux : l’intensité ou la fréquence de l’attirance varie, reflétant un rapport fluctuant à la sexualité.

Parmi ces identités, la réciprosexualité se distingue : ici, l’attirance sexuelle n’apparaît que lorsqu’elle est partagée. Cette pluralité donne un aperçu de la richesse de la communauté LGBTQIA. Le spectre asexuel n’équivaut jamais à une absence totale de désir : il tisse une infinité de nuances, entre sexualité, genres, et identités. On peut croiser, par exemple, l’aromantisme (qui concerne l’attirance romantique) et l’asexualité, deux expériences qui, parfois, se superposent et créent des parcours singuliers.

Employer la notion de spectrasexuel, c’est affirmer que les attirances ne se rangent pas dans des cases figées. La langue évolue, la société questionne, la diversité gagne du terrain.

Quelles différences avec les autres orientations multisexuelles ?

Le mot spectrasexuel intrigue par sa spécificité. Il n’est ni synonyme de bisexualité, ni de pansexualité, ni de polysexualité. Là où le bisexuel ressent de l’attirance envers deux genres, et le pansexuel fait abstraction du genre même, le spectrasexuel revendique une fluidité sur un continuum d’attirances, sans bornes fixes, ni exclusion automatique. Il s’inscrit dans une dynamique où les catégories flanchent, où le désir glisse d’un pôle à l’autre sans jamais se laisser enfermer.

Face à la polysexualité, attirance envers plusieurs, mais pas tous, genres, le spectrasexuel revendique une multiplicité sans liste fermée. Quant à la pansexualité, elle s’affirme en faisant du genre un critère secondaire, tandis que le spectrasexuel insiste sur la dimension évolutive, mouvante, parfois située aux abords du spectre asexuel ou marquée par des variations dans l’intensité et la fréquence du désir.

La notion d’allosexualité, toute personne qui ressent une attirance sexuelle, à l’inverse de l’asexualité, permet d’affiner encore la compréhension de ces nuances. Le spectrasexuel, parfois à la croisée de l’asexualité et des orientations multisexuelles, fait voler en éclats les repères classiques. Il n’est pas rare non plus que l’orientation sexuelle et l’orientation romantique s’expriment de manière indépendante : une personne peut, par exemple, être spectrasexuelle et panromantique, ou l’inverse.

Voici une synthèse pour clarifier ces différences :

  • Bisexualité : attirance pour deux genres
  • Pansexualité : attirance qui ne tient pas compte du genre
  • Polysexualité : attirance envers plusieurs genres, sans être universelle
  • Spectrasexuel : attirance évolutive, variable, sur un spectre sans limites fixes

À cela s’ajoute la dimension relationnelle et éthique du polyamour, souvent confondue avec les orientations multisexuelles. Il s’agit pourtant d’une manière de vivre la multiplicité des relations amoureuses, et non d’une orientation en soi. Le terme spectrasexuel, à la jonction entre plusieurs identités, invite à explorer des désirs qui échappent aux cadres établis.

Deux amis discutant dans un café chaleureux

Favoriser l’inclusion et la visibilité des identités spectrasexuelles

La visibilité des personnes spectrasexuelles reste ténue, y compris dans les espaces LGBTQIA+. Le mot circule peu, perdu dans la profusion de néologismes et d’étiquettes. Pourtant, reconnaître cette orientation, c’est aussi s’opposer à la pression des normes de genre et à l’injonction à l’hétérosexualité ou à la binarité. Les récits dominants oublient la nuance, la fluctuation, deux réalités chères aux spectrasexuel·les.

Pour favoriser un accueil plus large, plusieurs leviers existent :

  • Les associations queer et les collectifs trans portent ce combat pour la reconnaissance et la visibilité des vécus spectrasexuels.
  • Des démarches pédagogiques autour du coming-out et un respect accru lors des transitions sociales et légales ouvrent de nouvelles voies.

Mais l’inclusion repose aussi sur la création d’espaces d’expression et sur la mise en valeur des parcours individuels. Les expériences issues de la non-binarité, de la transidentité ou d’une expression de genre atypique mettent à l’épreuve la rigidité des étiquettes. La dysphorie de genre, la pression sociale à la conformité, ou encore le poids de l’amatonormativité, cette idée qu’une vie sans couple n’aurait pas de valeur, sont autant de freins pour qui cherche à s’affirmer pleinement.

Donner une place réelle aux personnes spectrasexuelles, c’est aussi questionner les cadres, ouvrir les marges, et accorder la légitimité à toutes les trajectoires. Car dans le vaste éventail des désirs, chaque nuance mérite d’exister et d’être reconnue. Qui sait quelles nouvelles identités émergeront demain, quand la société osera enfin regarder au-delà des cases ?