Finance

Difficultés actuelles des banques : un nombre croissant

5 %. C’est la part des clients français qui décident chaque année de tourner le dos à leur banque et d’en choisir une nouvelle. Le chiffre grimpe, porté par cinq années de progression continue. Ce taux dépasse nettement la moyenne européenne et traduit une accélération de la mobilité bancaire, révélant une concurrence qui ne cesse de se durcir. La France fait figure d’exception : ici, les habitudes changent vite, là où ailleurs en Europe, la fidélité bancaire garde ses droits.

L’Autorité bancaire européenne dresse pourtant un portrait rassurant des banques françaises : robustes, bien capitalisées, mais parfois moins rentables que leurs consœurs du continent. Les priorités de contrôle évoluent, avec un accent mis sur la solidité financière, la gestion des risques et l’adaptation aux défis du numérique.

Le secteur bancaire face à une compétitivité en mutation en France et en Europe

La recomposition du secteur bancaire européen s’accélère, bousculée par la compétition mondiale et des règles de supervision sans cesse renforcées. La Banque centrale européenne (BCE) veille au grain, modulant les exigences de fonds propres pour ses établissements, à l’image de ce qu’a récemment amorcé la Banque d’Angleterre. En France, la Banque de France surveille un paysage bancaire où la diversité des acteurs reste forte et la solidité, toujours au rendez-vous. Les grands groupes bénéficient d’une protection renforcée dans la zone euro, véritable bouclier face aux turbulences.

Face à la quête d’efficacité, à la digitalisation accélérée et à des marges qui s’effritent, les banques systémiques européennes se concentrent davantage. Les rapports de la BCE mettent en lumière l’augmentation de l’interdépendance des banques avec les institutions financières non bancaires (IFNB) et les marchés. Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), ces liens, notamment avec les prêteurs de l’ombre et les crédits spécialisés, exposent le secteur à des vulnérabilités inédites, qu’il s’agisse de prêts étudiants, de financements auto ou de cartes de crédit.

Pour mieux saisir les différences de contexte, on peut distinguer deux approches :

  • Aux États-Unis, les banques américaines évoluent dans un environnement plus permissif, conséquence d’une déréglementation poussée, ce qui les expose à davantage de risques qu’en Europe.
  • En France, la présence de la BCE et l’intégration européenne offrent un rempart solide, sans pour autant éliminer la perspective d’un choc systémique.

Les faillites récentes, comme celle de la Silicon Valley Bank, ou les soubresauts des marchés obligataires montrent à quel point le système reste vulnérable. Les banques, désormais intriquées avec les IFNB et les États, pourraient déclencher une onde de choc généralisée en cas de secousse majeure sur les taux d’intérêt ou les actifs. Désormais, la supervision européenne serre la vis : il s’agit de tenir l’équilibre entre stabilité, innovation et compétitivité, face à la pression des géants américains et asiatiques.

Changer de banque principale : quels enjeux pour les clients et le marché ?

Le marché bancaire français se fragmente sous le double effet de la méfiance et de la recherche de sécurité. Les clients s’interrogent sur la solidité de leur banque, évaluent la capacité des établissements à affronter les tempêtes financières. Changer de banque n’a plus rien d’anodin : c’est désormais un choix pensé, motivé par la crainte d’un risque systémique et l’exigence d’une protection solide.

Pour comprendre ce qui guide les décisions, voici les garde-fous et dispositifs qui structurent le paysage :

  • Le Fonds de Garantie des Dépôts assure la protection des dépôts jusqu’à 100 000 €, un plafond bien identifié des initiés, qui influence les arbitrages patrimoniaux.
  • Les contrats d’assurance-vie sont couverts jusqu’à 70 000 € par le Fonds de Garantie des Assurés. La loi Sapin 2 autorise, en cas de crise, à limiter ou suspendre les retraits sur décision du Haut Conseil de Stabilité Financière.

Dans ce climat, la diversification devient la norme. Les particuliers multiplient les comptes, choisissent parfois des banques communautaires ou des filiales internationales, signe d’une confiance érodée envers les réseaux traditionnels. Du côté des clients fortunés, la tendance est à l’éclatement du patrimoine : livrets réglementés, assurance-vie luxembourgeoise, SCPI, Plan d’Épargne Retraite. Le PER séduit particulièrement, car il échappe à l’IFI avant 64 ans, ce qui affûte les stratégies de transmission et d’optimisation fiscale.

Face à ces mouvements, les banques voient leur clientèle de détail devenir plus volatile. La réglementation favorise la mobilité, ce qui comprime les marges et exacerbe la rivalité entre acteurs. L’enjeu est de taille : un exode massif pourrait provoquer des réactions en chaîne, dans un environnement où la confiance reste une donnée instable et fragile.

Femme agee dans le hall d une banque traditionnelle anxieuse

Priorités de la supervision bancaire : quelles orientations pour les années à venir ?

La supervision bancaire européenne se resserre, pilotée par la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque de France. Claudia Buch, qui dirige le mécanisme de supervision unique, insiste sur la nécessité de garder des banques bien capitalisées. Dans un contexte de resserrement monétaire et de marchés agités, la stabilité s’impose comme une exigence indiscutable. François Villeroy de Galhau rappelle que le cadre réglementaire européen n’est pas là pour faire joli : chaque exigence, chaque ratio vise à armer le secteur face aux crises à répétition.

Trois axes structurent aujourd’hui la feuille de route des superviseurs :

  • La gestion des risques liés à la hausse rapide des taux d’intérêt, qui met à l’épreuve la solidité des bilans bancaires.
  • La surveillance renforcée des liens entre banques et institutions financières non bancaires (IFNB), alors que la Banque des règlements internationaux alerte sur l’impact de ces acteurs sur l’équilibre du système.
  • Pablo Hernández de Cos met en garde contre la menace sourde des dettes souveraines, qui pourraient fragiliser les banques si les marchés obligataires venaient à se tendre.

La sphère publique n’échappe pas à cette exigence de rigueur. La Cour des Comptes préconise une meilleure répartition des ressources et une remise à plat de la fiscalité locale, pointant l’absence de comptes consolidés chez les collectivités. La loi de programmation 2023-2027 fixe de nouveaux caps financiers, tandis que la plateforme ChorusPro fait entrer la facturation électronique dans une nouvelle ère.

Les banques centrales modulent désormais leurs interventions : lignes de swap en dollars, achats ciblés d’actifs publics et privés, ajustements entre politique monétaire et budgétaire. Tout se joue sur un fil, dans un secteur où la concentration croissante des banques systémiques européennes vient souligner la vulnérabilité d’un système plus interconnecté que jamais.

L’avenir du secteur bancaire européen se dessine entre vigilance et adaptation permanente. La stabilité ne s’improvise pas, et la confiance, elle, se gagne chaque jour, ou se perd en un instant.