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Le Conseil d’Administration du TEC a validé un plan d’économie visant à réduire les dépenses de fonctionnement pour l’année en cours. Les syndicats dénoncent une absence de concertation et alertent sur les répercussions pour le personnel, en particulier sur la santé physique et mentale.

Les troubles musculosquelettiques représentent déjà la première cause de maladie professionnelle reconnue en Belgique. À ces difficultés s’ajoutent les risques psychosociaux, souvent sous-estimés, qui peuvent s’aggraver en période de réorganisation. Les prochaines semaines seront décisives pour l’évolution du dialogue social et la mise en place de mesures de prévention adaptées.

Mesures d’économie au TEC : pourquoi les syndicats tirent la sonnette d’alarme

L’annonce du plan d’économies au TEC ne passe pas inaperçue. Elle remet sur le devant de la scène la question de l’organisation du travail et met à nu les tensions entre la direction et les représentants du personnel. Depuis la suspension de la conscription en 1997, les armées françaises, armée de terre, armée de l’air et de l’espace, marine nationale, ont connu une réduction radicale de leurs effectifs. En l’espace de vingt-cinq ans, plus de 200 000 postes ont disparu.

  • plus de 200 000 postes supprimés en vingt-cinq ans

Cette réduction, impulsée par la professionnalisation du service et la fin de la conscription, a profondément modifié la gestion des ressources humaines. Puis, la révision générale des politiques publiques (RGPP) est venue aggraver la tendance, supprimant 34 000 emplois supplémentaires entre 2007 et 2012. Ce que dénoncent aujourd’hui les syndicats, c’est une structure du travail devenue fragile, où chaque nouvelle mesure d’économie accentue la pression sur le personnel.

Les conséquences sont concrètes : dissolutions de régiments dans l’armée de terre, vingt navires retirés du service pour la marine nationale, treize bases aériennes fermées en métropole et quatre autres dans les territoires d’outre-mer pour l’armée de l’air et de l’espace. Face à ces bouleversements, les conditions de travail se sont dégradées, le stress grandit, l’organisation se disloque.

La Loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 prévoit bien de créer 6 000 équivalents temps plein (ETP) sur sept ans, mais la plupart de ces recrutements ne sont attendus qu’en 2024-2025. En attendant, le manque d’effectifs se fait sentir et les équipes peinent à suivre. Autre défi de taille : doubler à 80 000 le nombre de réservistes opérationnels d’ici 2030. Un objectif qui exige des moyens considérables, tant financiers qu’organisationnels. Les syndicats, eux, réclament des réponses concrètes pour préserver la santé et la sécurité au travail, dans un contexte où le moindre ajustement semble fragiliser encore un peu plus des équilibres déjà précaires.

Quels sont les risques concrets pour la santé au travail ? Focus sur les TMS et les risques psychosociaux

Les vagues successives de réduction d’effectifs, accélérées par la RGPP, ont laissé des traces profondes sur la santé des agents. Les équipes, souvent trop réduites, sont exposées à une surcharge continue. Cela favorise l’apparition de troubles musculosquelettiques (TMS), qui touchent muscles, tendons et articulations. Quand il manque des bras, ceux qui restent doivent assumer davantage : la fatigue s’installe, la récupération devient un luxe.

Mais la pression ne s’arrête pas là. La densification du travail, résultat direct des suppressions, fait émerger d’autres risques, moins visibles : les risques psychosociaux. Le stress s’ancre, l’isolement progresse, le sens du travail peut s’effriter. Dans l’armée, la rareté des relais humains pèse lourd, notamment pour les militaires d’active et les réservistes venus prêter main-forte. Les sollicitations se multiplient : moins de collègues, plus d’astreintes, des horaires qui explosent.

Voici ce que cela implique au quotidien :

  • TMS : douleurs persistantes, gênes fonctionnelles, arrêts maladie récurrents.
  • Risques psychosociaux : anxiété, perte de motivation, hausse du turn-over, absentéisme qui grimpe.

Et la situation ne s’arrange pas une fois les effectifs stabilisés, amorcée en 2015. La structure RH reste fragile, exposant les agents à une accumulation de contraintes physiques et psychiques. Les syndicats font remonter des signaux de plus en plus nets : épuisement, difficultés à concilier vie professionnelle et personnelle, sentiment d’un collectif qui se disloque.

Homme stressé dans un bureau moderne en désordre

Des solutions collectives et individuelles pour mieux s’organiser et préserver le bien-être au travail

Pour faire face à la complexité du travail et à la pression liée à la transformation des armées, les réponses ne peuvent se limiter à des ajustements techniques décidés en haut lieu. La prévention passe aussi par des dispositifs collectifs et par l’engagement des équipes sur le terrain.

Le ministère des armées a lancé un plan famille pour améliorer les conditions de vie des militaires et de leurs proches. Adaptation du logement, accompagnement social, aménagement des rythmes de travail : autant de leviers pour renforcer la cohésion et éviter les ruptures professionnelles.

La formation constitue également un pilier solide. Le BTS Cyber dans l’armée de terre, les investissements dans le renseignement, l’évolution de la formation initiale : ces initiatives, portées par la revue nationale stratégique, aident à maintenir les compétences au niveau des exigences actuelles. L’attractivité se joue aussi sur le terrain salarial : revalorisation des grilles indiciaires, création de la prime de compétences spécifiques militaires (PCSMIL). Face à la concurrence du secteur privé, notamment dans le domaine du cyber, il s’agit de fidéliser les agents par des mesures concrètes.

Sur le terrain, chacun peut agir pour préserver son équilibre. L’autonomie et la responsabilisation deviennent des alliées : outils numériques pour répartir la charge, implication des membres de l’équipe dans l’évaluation des situations de travail, recours aux services sociaux. Chacun, à son niveau, peut contribuer à maintenir un environnement propice à la santé et à la performance du collectif.

Dans ce contexte mouvant, une chose reste certaine : la santé au travail ne relève ni du hasard ni de la fatalité. Elle se construit, chaque jour, par des choix, des arbitrages et une vigilance partagée. C’est ce fil ténu qui, malgré la tempête, permet à l’organisation de tenir debout.

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