Mode

Coton versus polyester : analyse de la durabilité

2002 : la production mondiale de polyester dépasse celle du coton, et c’est tout un pan de l’industrie textile qui vacille. D’un côté, le coton se pavane sous l’étiquette « naturel », mais il engloutit à lui seul près de 16 % des insecticides mondiaux pour moins de 3 % des surfaces cultivées. De l’autre, le polyester, fabriqué à partir de pétrole, sème la pagaille avec ses déchets plastiques et son appétit pour l’énergie. Entre ces deux fibres, l’équation environnementale prend un tour inattendu et les choix de consommation deviennent un casse-tête à chaque passage en caisse.

Comprendre les enjeux écologiques du coton et du polyester

Opposer coton et polyester à un simple duel entre naturel et artificiel serait une erreur de perspective. La filière du coton conventionnel continue d’afficher une soif immodérée pour l’eau et les pesticides, avec des conséquences directes sur la santé des sols et la diversité biologique. Derrière l’image rassurante de la fibre végétale, la réalité des pratiques agricoles intensives pèse lourdement sur les écosystèmes. Le coton issu de l’agriculture biologique, cultivé sans intrants chimiques, réduit certains dégâts. Pourtant, à l’échelle du marché mondial, il reste une exception, loin de répondre à la demande insatiable du secteur textile.

Face à lui, le polyester introduit une autre série de défis. Issu de la transformation du pétrole, il s’invite partout dans nos placards, mais avec un revers difficile à ignorer : déchets persistants, émissions de microplastiques, dépendance énergétique. Le polyester recyclé tente bien de ralentir la course, mais l’essor de la fast fashion met rapidement à mal les ambitions de l’économie circulaire. Quant aux mélanges coton-polyester, ils compliquent encore le recyclage et brouillent la traçabilité du vêtement, ajoutant une couche d’opacité sur la chaîne de production.

Matière Provenance Enjeux écologiques
Coton conventionnel Fibre végétale Eau, pesticides, érosion des sols
Polyester Fibre synthétique (pétrole) Énergie fossile, microplastiques, déchets
Coton bio Fibre végétale Moindre usage de produits chimiques
Polyester recyclé Fibre synthétique (recyclage) Moindre dépendance fossile, toujours microplastiques

La question de la durabilité textile s’écrit bien au pluriel. Le match coton contre polyester n’a pas de gagnant universel : tout se joue sur l’ensemble du cycle de vie, de la culture ou l’extraction à la gestion des déchets. Les matières recyclées et les fibres naturelles à faible impact gagnent du terrain, mais il reste nécessaire de questionner sans relâche les promesses de la mode plus vertueuse prônées par les grandes enseignes.

Quels impacts concrets sur l’environnement : eau, énergie, pollution et biodiversité

Quelques chiffres suffisent à marquer la différence : produire un kilo de coton conventionnel, c’est jusqu’à 10 000 litres d’eau selon l’ADEME. Une démesure qui met en péril les ressources hydriques dans des régions déjà sous pression, comme l’Inde ou le Bangladesh. Le polyester, lui, se montre peu gourmand en eau lors de sa fabrication, mais compense ce bilan par une forte consommation d’énergie, puisée dans les hydrocarbures.

Sur le plan énergétique, le polyester s’impose comme champion des émissions de gaz à effet de serre : près de trois fois plus de CO2 relâché qu’avec le coton, d’après la fondation Ellen MacArthur. La chaîne de production, appuyée sur le pétrole et des procédés chimiques intensifs, s’alimente souvent en électricité d’origine charbonnée, notamment en Chine.

Le coton, de son côté, concentre la pollution sur deux fronts : l’utilisation massive de pesticides et le recours à des teintures chimiques. Les conséquences s’étendent bien au-delà des champs, contaminant nappes d’eau et menaçant la santé des communautés rurales. Le polyester, quant à lui, dissémine ses propres toxines : à chaque lessive, des microplastiques s’échappent, infiltrant les océans et remontant la chaîne alimentaire jusqu’à nous. Ces fragments résistent au temps et s’accumulent dans les milieux aquatiques.

La biodiversité paie le prix fort sur tous les fronts : monocultures de coton, déforestation, perte d’habitats, extraction pétrolière, effondrement de la faune aquatique… Les rapports du Textile Exchange ou de Greenpeace rappellent l’urgence de repenser les filières, de fiabiliser les labels (GOTS, FSC) et de limiter la cadence imposée par la fast fashion, responsable d’une accumulation de déchets textiles et d’une consommation effrénée des ressources naturelles.

Homme portant un polo en polyester dans un parc urbain

Vers des choix vestimentaires plus responsables : pistes pour agir au quotidien

Si le marché multiplie les options, la vigilance ne doit jamais faiblir. Adopter une consommation plus responsable implique d’examiner de près la nature des fibres, leur origine et la façon dont elles sont transformées. Opter pour le coton bio, le lin, le chanvre, la laine ou le lyocell (Tencel), c’est déjà choisir des matières à impact réduit, à condition de rester attentif à la crédibilité des labels indépendants.

Le polyester recyclé s’impose dans les vêtements techniques ou de sport, limitant la dépendance au pétrole vierge. Mais chaque lavage relâche encore des microplastiques : il existe des solutions concrètes pour limiter leur dispersion, comme les sacs de lavage filtrants ou les machines équipées de filtres spécialisés.

Voici des actions simples qui permettent d’aller plus loin :

  • Privilégier les marques éthiques comme Stella McCartney, La Petite Imprimerie ou Lenzing, transparentes sur l’origine des fibres et leurs engagements ;
  • Espacer les achats de vêtements, miser sur la qualité plutôt que la quantité ;
  • Introduire dans sa garde-robe des textiles recyclés ou issus de l’upcycling ;
  • Favoriser la seconde main et participer au recyclage des textiles ;
  • Veiller aux droits et conditions de travail tout au long de la chaîne, avec l’appui des enquêtes du collectif Ethique sur l’étiquette.

Au-delà du choix d’une matière, c’est tout l’usage du vêtement qui compte : entretenir, réparer, faire durer, préférer le séchage à l’air libre. Penser la mode, fibre par fibre, geste par geste, c’est déjà redessiner le paysage textile. La prochaine fois que vous choisissez une chemise ou un t-shirt, pesez le parcours de chaque fibre : l’impact ne s’arrête pas au fil, il se lit dans chaque couture du quotidien.