Santé

Syndrome de l’argent : tout ce qu’il faut savoir

5 % : ce chiffre, étonnamment élevé, traduit la réalité d’un trouble qui se glisse dans toutes les strates sociales, sans distinction ni tabou. Chez certains, les achats se succèdent malgré la conscience aiguë du gouffre qui se creuse. Les dettes s’additionnent, la culpabilité s’invite, mais la compulsion ne faiblit pas. Ce phénomène, longtemps relégué dans l’ombre par les spécialistes, laisse, aujourd’hui encore, bien des personnes seules face à la spirale de la dépense.

Les conséquences, quant à elles, ne frappent pas qu’au portefeuille : la santé mentale encaisse, elle aussi, le choc. Pourtant, à mesure que la parole se libère, des outils d’autoévaluation et des dispositifs d’accompagnement voient le jour, apportant une réponse plus concrète à ce trouble resté trop longtemps sous-estimé.

Le syndrome de l’argent : comprendre un trouble souvent méconnu

Derrière les mots syndrome de l’argent, oniomanie ou trouble d’achat compulsif, on découvre une même réalité : une addiction qui se dissimule, difficilement repérable pour l’entourage comme pour les professionnels. De nombreuses personnes, à Paris ou ailleurs, racontent combien la relation à la consommation peut tourner à la souffrance. Ici, le simple achat ne relève plus d’un loisir ou d’un caprice passager ; il faut, il urge, et la pulsion tutelle tout le reste.

Les spécialistes le rappellent : ces comportements ne correspondent pas à un simple manque de volonté. Leur origine se trouve dans une gestion difficile des émotions, un élan obsédant qui pousse à remplir un manque par l’accumulation d’objets. Même quand la carte bancaire crie grâce et que l’organisation du quotidien vacille, la compulsion continue.

À force d’écouter les témoignages, un même schéma émerge : la perte de contrôle, l’achat incontrôlé, puis le revers, ce mélange d’échec intime et de honte qui ne lâche pas. Personne n’est hors de portée. Des étudiants aux cadres, la compulsion achète le silence. Peu à peu, l’oniomanie trouve sa place chez les troubles du comportement reconnus par la santé mentale ; une reconnaissance qui oblige, désormais, à envisager des réponses à la hauteur du problème.

Achats compulsifs : comment savoir si l’on est concerné ?

Impossible de s’y tromper quand les achats compulsifs s’installent. Un schéma constant : l’envie monte, l’achat procure une satisfaction brève, puis viennent la culpabilité, la honte, et le tour se répète. Ce trouble n’arrive pas par hasard mais s’inscrit dans une stratégie malheureuse de gestion du mal-être ou du vide. Ce n’est pas tant le nombre d’achats que leur répétition et l’incapacité à arrêter qui doit alerter.

Quelques signes révélateurs aident à repérer la spirale :

  • Accumuler chez soi des objets inutilisés, certains encore sous emballage, preuve que l’achat dépasse très largement le besoin.
  • Les tentatives de se limiter échouent, quelle que soit la détermination initiale.
  • Faire l’expérience de l’endettement ou du surendettement, alors même que le risque est bien identifié.
  • Des relations sociales se distendent, l’isolement pointe, conséquence directe de ces comportements.
  • L’achat sert de refuge contre l’ennui ou l’anxiété, devenant au fil du temps une sorte de stratégie de secours.

Bien souvent, le terrain de l’acheteur compulsif a été préparé dès l’enfance, dans les familles où les besoins affectifs n’étaient pas clairement reconnus. L’apaisement vient alors des objets ou de la nourriture, et, petit à petit, chaque acquisition compense un manque affectif. Ce mode de fonctionnement s’ancre solidement au fil des années.

Les frontières entre ce type de compulsions et d’autres fragilités, par exemple le trouble obsessionnel compulsif ou les troubles du comportement alimentaire, ne sont pas toujours tranchées. La clé réside dans la récurrence du comportement, la détresse provoquée et le déséquilibre sur le plan financier ou santé. Faire l’autruche, c’est risquer de creuser encore l’isolement et de multiplier les difficultés en cascade.

Jeune femme au café en plein air avec téléphone et sacs

Des solutions concrètes pour reprendre le contrôle et se faire accompagner

La première étape pour sortir de la spirale consiste à nommer le trouble, puis à entamer une démarche claire de diagnostic. Les professionnels de la santé mentale, psychiatres ou psychologues, proposent des accompagnements personnalisés. En première ligne, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) s’impose : elle permet d’identifier les schémas de pensée qui sous-tendent l’achat compulsif et d’apprendre à leur répondre autrement.

L’accompagnement passe également par des groupes de parole inspirés du modèle Débiteurs anonymes, qui offrent espace d’écoute et solidarité. Ces réunions permettent à chacun de sortir du repli et de partager des repères avec d’autres concernés. On peut aussi faire appel à un travailleur social pour retrouver une gestion plus apaisée de son budget et éviter la spirale de l’endettement.

Outils complémentaires pour agir

Certains leviers peuvent soutenir une démarche thérapeutique, en complément de l’accompagnement professionnel :

  • Prévoir des instants consacrés à la relaxation ou à la méditation pour apaiser les tensions et gagner en maîtrise de soi.
  • Se tourner vers des manuels de thérapie comportementale pour approfondir la compréhension de ses automatismes et expérimenter de nouveaux outils.
  • Lancer une thérapie interpersonnelle (TIP) pour renforcer la confiance en soi et améliorer les relations avec autrui.

Dans de nombreux parcours, il faut aussi traiter une éventuelle dépression ou des troubles anxieux associés. C’est souvent à cette condition que l’on peut retrouver un rapport pacifié à l’argent et à la consommation.

Derrière chaque pulsion d’achat, on trouve un parcours singulier et des motifs qui dépassent la simple notion de dépense. Pour certaines personnes, le changement amorcé ouvre la porte à des habitudes nouvelles et, surtout, à une vie débarrassée du poids de la honte.